w 660910-00. Duchesne to Linnaeus, 10 September 1766
 
The Linnaean Correspondence
 
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Antoine Nicolas Duchesne to Linnaeus

Versailles, 10 September 1766


à Versailles le 10. 7bre 1766.

Monsieur,

Je profite de l’envoi que vous fait M. Richard d’une plante sèche de Zizania aquatica, pour vous faire parvenir un herbier de nos différens fraisiers, que j’ai formé dans l’intention de vous l’offrir; je souhaite qu’il puisse vous être agréable. Je ne puis y joindre que des graines recueillies cette année, parceque les plantes vivantes demandent à être enveloppées de Mousse humide, et que cela fairoit tort aux plantes sèches et aux graines; mais j’en formerai un paquet particulier que j’aurai l’honneur de vous envoyer incessament; n’ayant rien plus à coeur que de vous procurer le plaisir d’examiner vous même les richesses et les merveilles de la Nature dans cette partie.

La plante que vous trouverez, Monsieur, à la fin de cet herbier est le Phareolus canadensis siliquam terra condens de l’Hort. reg. paris.[1] Il me paroit que vous pourriez ne l’avoir encore vue; car elle diffère totalment du Gub-a-gub, dont Monsieur votre fils, déjà célebre dans la Botanique, a donné la figure dans ses décades, sous le nom de Glycine subterranea.[2] Il est bien vrai que notre plant enfonce en terre quelques unes de ses siliques; mais elle en donne encore plus qui mûrissent hors de terre: les fleurs de celles-ci sont garnies de pétales, et les fleurs des premières n’en ont point; de sorte qu’il paroitroit que ce seroit plutôt votre Glycine monoica: vous en jugerez facilement. Je veus seulement vous avertir que les tiges que j’ai disposées horisontalement, autant que je l’ai pû, ont naturellement cette direction, sans aucune inclinaison à se tortiller, ce sont elles qui portent les fleurs solitaires sans pétales; au lieu que les tiges disposées en hauteur sont naturellement grimpantes et portent les bouquets de fleurs à pétales. Je vous en envoie aussi des graines tant terrestres que aèriennes.

Nous avons eu le plaisir de voir à Trianon, il y a quelque tems votre compatriote M. Hernequist, et de nous entretenir de vous, Monsieur, avec lui.

J’ai voulu cet été imiter la Kappatialme de vos Lappons, avec du Lait de Vache, et des fraises et framboises, dans des Reseaux de Mouton; mais j’y ai joins du sucre, et j’ai fait cuire cette composition, de sorte qu’elle m’a très-mal réussi.[3] Nous vous aurions beaucoup d’obligation, si vous vouliez avoir la bonté de nous envoyer une recette détaillée du Kappatialmes des Lappons pour que nous puissions procurer ce mets étranger à notre patrie.

Je viens d’être témoin de plusieurs fécondations métisses entre nos diverses Races de fraisiers: j’attends ce que me produiront ces mélanges. J’en ai semé en totalité de trente sortes différentes.

Nous avons aussi acquis trois nouveaux fraisiers, deux de notre France, l’une de Champagne, l’autre des Iles d’Hierres; la troisième est le fragaria minor seu nigra Knackelbeer-Pressling Thalii, que Monsieur Haller a fait venir de Jene en Thuringe. J’attends incessament de Spire le fraga serotina Harbeer Camer. J. Bauh. fragaria foliis hispidis C. Bauh.[4]

J’espère que vous voudrez bien, Monsieur, me gratifier pareillement du fragaria fructu dulci subalbido Linderst,[5] et du fragaria pratensis Jordgubbar; ainsi que des Rubus Chamaemorus et arcticus, que j’ai déjà eu l’honneur de vous demander ce printems, en vous faisant l’hommage de mon Histoire naturelle des fraisiers:[6] voici les chaleurs passées; le tems est des plus favorables pour le transport des racines vivantes; mais je vous prie de vouloir bien y joindre aussi des graines.

Permettez-moi de vous demander la grace de me compter au nombre de vos disciples les plus dévoués et de vous assurer des sentiments d’éstime et de vénération avec lesquels j’ai l’honnneur d’être,

Monsieur,
Votre très-humble et trés
obeissant serviteur

Duchesne fils

Monsieur de Jussieu que j’ai vu à Paris il y a peu de jours jouit toujours, graces à Dieu d’une santé parfaite; il m’a chargé de ne le pas oublier auprès de vous; il vous souhaite les jours les plus heureux.

P.S. à Trianon le 20. 7:bre Monsieur Richard étant trop occupé pour le retour prochain de Sa Majesté ne peut vous écrire par cet envoi, il aura de le faire par le second et me charge de fermer la boite dans laquelle il ajoute une graminée et 12 sacs de graine: ainsi qu’une lettre de Monsieur Hernequist qu’il garde depuis longtems.[7]

MANUSCRIPTS

1. holograph (L.S., III, 321-322).

NOTES

[1] Vallot, Hortus regius Parisiis (1660).

[2] Carl Linnaeus the Younger, Decas prima et secunda plantarum rariorum.

[3] Kappa-tialmas or kappi is a Lappland dish which Linnaeus described in Iter Lapponicum (Lapplandsresa år 1732, 1965). It is a fresh cheese made of reindeer milk, kept and fermented in a reindeer’s stomach. Kappa-tialmas was eaten with berries.

[4] “Camer.” refers to L. J. Camerarius and “Bauh” to Caspar Bauhin.

[5] “Lindest.”, refers to Lindestolpe, Flora Wiksbergensis.

[6] Published in Paris in 1766. Duchesne cites a number of Linnaeus’s letters to him in this work.

[7] See also Hernquist’s letters to Linnaeus, 12 June 1766 and 26 October 1767, Björnståhl’s letter to Linnaeus, 16 January 1768, and Linnaeus’s letter to Björnståhl, 5 September 1769. The correspondence between Duchesne and Linnaeus has been studied by Hylander, “Linné, Duchesne och smultronen”, 17-40. See also Linnaeus, Fraga vesca.

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